Samedi 4 décembre 2010 6 04 /12 /Déc /2010 14:09

Maleficia, Horrificia, Terrificia, ça vous dis quelque chose ? Si je vous dis Nîmes, gore et médecin généraliste, a titille un peu plus ? Bon, et si je vous parles de Antoine Pellissier, docteur de son état, et réalisateur de films gores le week-end, faits avec 3 francs 6 sous et généreux en barbaque ?

Antoine Pellissier, c'est un peu le Herschell Gordon Lewis du nouveau millénaire, celui qui tourne sans complexe, envers et contre tous, pour le simple plaisir de faire subir moultes tortures à ses acteurs et de réjouir le spectateur avide de chair fraiche. Lewis ayant eu droit à son doc la veille, Pellissier, le docteur gore, méritait bien qu'on s'attarde également sur lui. C'est ce qu'a fait Pauline Pallier, réalisatrice du pas mauvais Do (présenté samedi soir pendant la nuit portnawak), en suivant le pépère pendant 6 ans, entre castings pour Terrificia, consultations à domicile, présentation de Maléficia à Extreme Cinema, recontre avec sa famille, recherche de fonds à Cannes ou tournage de Terrificia. Si le métrage en lui même, plein de bonne volonté, accuse tout de même ses limites (aucun travail sur l'image pour rendre le visionnage plus agréable, durée assez courte -50 mn- qui donne l'impression de survoler le sujet, procédés de montage parfois un peu grossiers...) et tient plus du délire de potes que d'un réel travail documentaire, c'est bien le sujet qui capte l'attention et finit par captiver.

Pellissier, son entourage et les situations qu'il amène semblent totalement hors normes. Rien ne les arrête, même quand personne ne croit en leurs projets (la rencontre avec sa mère vaut son pesant de cacahuètes), et surtout malgré l'amateurisme total de l'entreprise, tout est fait avec le maximum de professionalisme. Pellissier organise des castings super précis (pourtant pour jouer des rôles plus ou moins ineptes de film gore), et mène son tournage comme un vrai chef de projet, quand bien même tous les participants ne connaissent absolument rien au milieu du cinéma, le tout dans la bonne humeur et la tripaille la plus totale, donnant aux productions un petit air de Troma des origines. La référence n'est d'ailleurs pas galvaudée, puisque quelle n'est pas la stupeur du spectateur, au détour d'une scène, d'apercevoir Llyod Kaufman en personne, venu par ses propres moyens pour jouer un petit rôle dans Terrificia, le prochain film du docteur gore (qu'il vient d'ailleurs de finir).

Pellissier est un personnage hors du commun, cachant derrière sa bonhomie une volonté sans complexe de verser dans le gore le plus cradingue sans aucun complexe, recrutant de nouveaux participants lors de ses consultations (grand-mère comprise), se posant en grand maitre iconoclaste de la débrouille, conscient de faire des films amateurs, mais pas démotivé pour autant. Pellissier, c'est un peu notre Ed Wood à nous. Peut-être même que ses films sont moins mauvais (ne serait-ce que par l'abus salvateur de gore) mais l'esprit délirant empreint de débrouillardise est bien là, bravant les avis familiaux et professionnels, contre vents et marées, pour continuer à faire des films où tripailles et tortures sont les personnages principaux. Et ça, ça méritait bien un film...

 
Par Les Festivals du Corv'
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Vendredi 3 décembre 2010 5 03 /12 /Déc /2010 16:20

http://www.horrorsociety.com/wp-content/uploads/2009/09/BadBiology2008e4460.jpg

Dernière création originale en date de Frank Hennenlotter que j'avais raté à sa sortie française, Bad Biology est la preuve que le cinéma d'exploitation peut continuer à survivre par d'autres biais que l'industrie du cinéma. Car enfin en voilà un vrai de film d'exploitation, comme à la vieille époque, à des années lumières de la prosternation référencée réussie une fois sur deux (voire moins) qui fleurit depuis quelques années grace ou à cause de fanboys influents. Parce que oui (et là je pose un avis totalement subjectif) pour un Planet Terreur jouissif ou un House of the Devil réussi, combien de Hell Ride poussif, de Boulevard de la mort un peu bancal, d'Amer ronflant ou de Machete boursouflé ?

Bad Biology fait mieux que cette vague qui cherche à retrouver l'ambiance Bis d'antan en la singeant ou en s'y référant dévotement, il continue sur la lancée comme si le cinéma d'exploitation n'était jamais mort. Sujet choc, sexe, drogue, violence, Frank se permet tout pour, comme il l'a dit avant la séance, nous faire frémir, rire et vomir, et tout dans le film tend vers l'excès et la démesure réjouissante, que ce soit les personnages (une fille hyper-métabolique avec 7 clitoris et un garçon au membre démesuré, conscient et pervers), les situations (une séance photo pour un rappeur rempli de filles avec un vagin à la place du visage, ou l'évasion du chibre monstrueux qui s'en ira violer à tout va, recalant le combat de la bite et du rat de Beyond Reanimator au rang de bluette poussive pour adolescente) ou le visuel, cheap assumé et nimbant le glauque de certaines idées sous un voile de dérision (les accouchements monstreux ou la séance de bite-à-bouche pour ne citer qu'elles)

Bref, Bad Biology, ce n'est même pas le renouveau d'un certain cinéma outrancier, trash et bis, mais la continuité d'un genre qui pourtant a pratiquement disparu depuis belle lurette, comme si rien n'avait changé. À l'heure où l'on assiste à un regain d'intérêt pour le cinéma d'exploitation à travers l'utilisation des sous genre (rape and revenge, vigilante, nukesploitation...) pour l'amener à la portée d'un public plus large (et je prendrais toutes les pincettes qu'il faut avec ce terme), il est toujours agréable de voir un sale gosse dans la famille du cinéma perpétuer la tradition des films affreux, sales et méchants, bourrés d'humour et témoins d'une époque aujourd'hui révolue où rien n'était permis mais où tout était possible.

 
Par Les Festivals du Corv'
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Vendredi 3 décembre 2010 5 03 /12 /Déc /2010 16:00

http://clatl.com/images/blogimages/2010/11/08/1289272297-godfather_of_gore.jpg

Intéressant documentaire que celui sur "l'inventeur" du gore supervisé par ce bon vieux Hennenlotter. Pas exceptionnellement novateur, vu que la carrière de ce genre de réalisateur se déroule souvent de la même manière (débuts précaires, rise & fall...) mais on apprend beaucoup de choses sur la société de l'époque, et le cinéma d'exploitation en général.

Ainsi, avant de passer à l'outrancier sanglant, avant même de passer derrière la caméra, Lewis avait commencé en tant que producteur, et ce n'est que désespéré par le manque de talent et de motivation de son réalisateur qu'il se décidera, avec son complice David Friedman, à faire directement les films qu'il produisait. Après c'est le classique départ d'une petite boite de prod et ses petits budgets, sauf que Lewis ne verse pas directement dans l'angoisse et l'horreur, mais commence avec de l'exploitation sexy, autrement dire un bon paquet de nudies. Et ça c'est fun, ça permet de caler un max d'archives et de témoignages pendant presque 30 mn, à base scénario prétextes à dévétir les filles et de camps naturistes ^^

Et rien de glauque en plus, pas de "roughies" un peu brutaux, non, juste des filles nues (et même parfois pas que des filles) à en perdre la raison, qui auraient presque pu le poser en digne camarade de jeu de Russ Meyer. Rien qui préfigurait ce qu'on verra par la suite, et force est d'avouer que le résultat est aussi saisissant que la rupture. Si on passe outre le fait de certains effets spéciaux sommaires (notamment les bras de mannequins raillés par les acteurs) c'est quand même sacrément violent et plutôt réaliste, et ça a le mérite de faire découvrir pas mal de film du réalisateur qui ne sont pas parmi les plus connus du commun des mortels (Color me blood red, Gruesome Twosome ou Gore Gore Girls) et leur création notamment par le biais de rushes et de témoignages des acteurs et techniciens de l'époque.

Si on rajoute à ça les éclaircissements de fans cinéphiles tels Hennenlotter et James Waters (qui collectionne les novelisations des films de Lewis, avis aux amateurs il lui manque Blood Feast), ça donne un très bon doc, certes pas révolutionnaire, mais assez passionant pour les amateurs de conoche d'exploitation, garni d'images d'archives exhumées et d'interviews des participants, et nanti d'un souffle douillet de nostalgie rebelle et régressive.

 

 
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Jeudi 2 décembre 2010 4 02 /12 /Déc /2010 12:40

Affrica Adio, ou le premier Mondo que j'ai jamais vu (et certainement un des moins choquant, moins qui me préparais à fermer les yeux toutes les 3 secondes, étant quelque peu rebuté par le réel), est un film fleuve de 1h54 sur les tournants historiques de l'Afrique au milieu du 20ème siècle.

Documentaire tourné de manière très lyrique, un peu à la manière d'un western (musique symphonique comprise), Africa Addio est à des années lumières de ce à quoi je m'attendais, connaissant de nom le genre du Mondo. Pendant la première heure, il ressemble même plus à un documentaire historique et animalier ambitieux qu'à un document choc, avec regard neutre sur les événements, voix off explicative (et en français s'il vous plait), et du coup, quand on s'est préparé à s'en prendre plein la gueule et qu'on est tendu comme un string, ben le contrecoup est rude et on est à deux doigts de s'ennuyer ferme, alors que le film est loin d'être ennuyeux.

Heureusement, le talent brut mais subtil des réalisateurs est là, et on se laisse très vite prendre par cette chronique de la fin du colonialisme africain, d'un monde en pleine reconstruction, et paradoxalement en pleine perdition. Il a beau être assez pudique (surtout comparé aux oeuvres les plus connues de Franco Prosperi et Gualtiero Jacopetti que sont les Mondo Cane), le film ne nous épargne ni le massacre d'animaux pour le plaisir, l'ivoire et autres babioles, ni les guerres intestines, ni les exécutions sommaires de milliers de musulmans par les insurgés de Zanzibar, dans des plans d'hélicoptères d'une froideur, et paradoxalement d'un lyrisme tétanisant.

Au final, loin du film choc et voyeuriste façon "Face à la mort" ou "Africa Ama", Africa Adio, même si sa construction et sa voix off flirtent parfois avec le pro-colonialisme (à dessein ou pas, no sé), se révèle un portrait, certes violent, mais ô combien intéressant de l'afrique des années soixante, ses blancs déchus, son apartheid, sa liberté synonyme de chaos, ses exactions, le tout avec un lyrisme mélancolique ou macabre que n'aurait pas renié des auteurs de fiction italiens de l'époque comme Leone ou Argento.

 

Par Les Festivals du Corv'
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Jeudi 2 décembre 2010 4 02 /12 /Déc /2010 12:07

Et oui,le festival Extreme Cinema de Toulouse a commencé mardi soir, avec une soirée d'ouverture placée sus le signe de l'étrange et de l'angoissant.

On a tout d'abord eu droit à la projection de "Survivre", vestiges d'un film muet inachevé et en très mauvais état, projeté tel quel et sans aucun son. Une expérience assez fascinante, éprouvante aussi, parce qu'on a pas l'habitude de voir un film si brut, dénué de tout artifice sonore (et c'est bien la preuve que le son est super important dans un film, ne serait-ce que pour lisser le materiau original.

À partir des  13 minutes de rushes restant, une sorte de "résumé" du film a pu être monté, un montage anarchique et souvent difficilement compréhensible, quand la pellicule n'est tout simplement pas indéchiffrable à cause des altérations du temps.

Et pourtant tout ça concours à un résultat fascinant, voire flippant au vu du sujet (les réminiscences de l'âme et la "réincarnation"), surtout quand on se rend compte que les brûlures qui envahissent la pellicule apparaissent à chaque fois pendant des scènes où le sujet est clairement évoqué. C'est un peu comme si l'énergie de l'âme qui ne voulait pas mourir abîmait la pellicule. Brrrr...

 

Après ça place à l'ouverture proprement dite, avec un ciné-concert "Call of Cthulhu" mêlant univers Lovecraftien tétanisant et gros son indus étouffant. Film de 50 minutes tournés en 2005 dans le plus pur style des oeuvres du début du cinéma (muet, noir et blanc, 4:3, maquillages exagérés...) Call of Cthulhu reprend trait pour trait la célèbre nouvelle de sieur Lovecraft et ses chapitres (The Horror in Clay, the Tale of Inspector Legrasse, The Madness from the sea...) dans un plus pur style expressioniste et onirique qui fout les boules, et ce avec une économie de moyen terriblement efficace qui force le respect. Tous les effets spéciaux sont réalisés à l'ancienne, à base de décors symboliques factices et de miniatures, pour finir sur un Cthulhu de pâte à modeler en stop motion bien plus flippant que n'importe quel CGI baveux. Il fallait du courage et du talent pour réussir à retranscrire sans esbrouffe la terreur indicible de la nouvelle, et le réalisateur Andrew Leman l'a fait, bien soutenu par la HP Lovecraft Historical Society. Au final il n'y a bien que les incrustations numériques qui soient assez foirées, mais ce n'est pas assez pour ternir la fascination du public.

Quant au son, et bien la musique de Jenx, rompu à l'exercice, est un parfait contrepoint à l'image, c'est sombre, mélodique, puissant, rageur, flippant, comme une mélopée sortie directement des entrailles de Rlyeh, ça donne un souffle incroyable au film (surtout quand c'est fait en direct), et c'est bien la preuve, s'il en fallait une, que la musique métal était faite pour les écrits de Lovecraft.



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