Maleficia, Horrificia, Terrificia, ça vous dis quelque chose ? Si je vous dis Nîmes, gore et médecin généraliste, a titille un peu plus ? Bon, et si je vous parles de Antoine Pellissier, docteur de son état, et réalisateur de films gores le week-end, faits avec 3 francs 6 sous et généreux en barbaque ?
Antoine Pellissier, c'est un peu le Herschell Gordon Lewis du nouveau millénaire, celui qui tourne sans complexe, envers et contre tous, pour le simple plaisir de faire subir moultes tortures à ses acteurs et de réjouir le spectateur avide de chair fraiche. Lewis ayant eu droit à son doc la veille, Pellissier, le docteur gore, méritait bien qu'on s'attarde également sur lui. C'est ce qu'a fait Pauline Pallier, réalisatrice du pas mauvais Do (présenté samedi soir pendant la nuit portnawak), en suivant le pépère pendant 6 ans, entre castings pour Terrificia, consultations à domicile, présentation de Maléficia à Extreme Cinema, recontre avec sa famille, recherche de fonds à Cannes ou tournage de Terrificia. Si le métrage en lui même, plein de bonne volonté, accuse tout de même ses limites (aucun travail sur l'image pour rendre le visionnage plus agréable, durée assez courte -50 mn- qui donne l'impression de survoler le sujet, procédés de montage parfois un peu grossiers...) et tient plus du délire de potes que d'un réel travail documentaire, c'est bien le sujet qui capte l'attention et finit par captiver.
Pellissier, son entourage et les situations qu'il amène semblent totalement hors normes. Rien ne les arrête, même quand personne ne croit en leurs projets (la rencontre avec sa mère vaut son pesant de cacahuètes), et surtout malgré l'amateurisme total de l'entreprise, tout est fait avec le maximum de professionalisme. Pellissier organise des castings super précis (pourtant pour jouer des rôles plus ou moins ineptes de film gore), et mène son tournage comme un vrai chef de projet, quand bien même tous les participants ne connaissent absolument rien au milieu du cinéma, le tout dans la bonne humeur et la tripaille la plus totale, donnant aux productions un petit air de Troma des origines. La référence n'est d'ailleurs pas galvaudée, puisque quelle n'est pas la stupeur du spectateur, au détour d'une scène, d'apercevoir Llyod Kaufman en personne, venu par ses propres moyens pour jouer un petit rôle dans Terrificia, le prochain film du docteur gore (qu'il vient d'ailleurs de finir).
Pellissier est un personnage hors du commun, cachant derrière sa bonhomie une volonté sans complexe de verser dans le gore le plus cradingue sans aucun complexe, recrutant de nouveaux participants lors de ses consultations (grand-mère comprise), se posant en grand maitre iconoclaste de la débrouille, conscient de faire des films amateurs, mais pas démotivé pour autant. Pellissier, c'est un peu notre Ed Wood à nous. Peut-être même que ses films sont moins mauvais (ne serait-ce que par l'abus salvateur de gore) mais l'esprit délirant empreint de débrouillardise est bien là, bravant les avis familiaux et professionnels, contre vents et marées, pour continuer à faire des films où tripailles et tortures sont les personnages principaux. Et ça, ça méritait bien un film...